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jeudi 10 octobre 2013

MALEK CHEBEL L'HOMME AU REGARD LUMINEUX

Malek Chebel, l’islamologue qui cherche la lumière

Malek Chebel, philosophe, écrivain, anthropologue des religions
Malek Chebel, 
 philosophe, écrivain, anthropologue des religions

Par Pierre Cherruau
Le philosophe Malek Chebel vient de lancer la revue Noor, qui livre une vision apaisée de l’islam. A l’heure où l’islamophobie devient un thème récurrent du débat politique français, l'écrivain algérien a décidé d’aller à l’encontre des idées reçues sur la religion qui occupe une place essentielle dans l’imaginaire des Français.

Malek Chebel fait fi des idées reçues: le philosophe vient de créer la revue Noor, (lumière en arabe). Une publication de grande qualité qui veut revisiter « l’Islam des lumières », un concept qui lui est cher.
« Il s’agit d’évoquer l’islam moderne, celui de la tolérance » explique l’écrivain algérien, auteur d’une trentaine d’ouvrages consacrés à l’islam et à sa place dans la société. « Le problème, analyse-t-il, c’est que les musulmans laissent le plus souvent le monopole de la parole aux plus extrémistes. Les modérés se plaignent de ne pas avoir un lieu pour s’exprimer. Je me suis dit qu’au lieu de se victimiser, il valait mieux créer son propre espace de réflexion».
Revue de débat et réflexion, Noor comporte de très longs textes mis en valeur par une maquette élégante et sobre. Noor se veut un « prélude à une pensée libre autour du vivre ensemble et à fortiori avec l’islam ».
« Instaurer un vrai dialogue »
Ses colonnes ne sont pas uniquement ouvertes aux musulmans: aux côtés de l’humoriste Fellag ou de l’écrivain albanais Ismaël Kadaré, la parole est aussi donnée à l’historien français Marc Ferro. « Il faut instaurer un vrai dialogue. Je veux dire un débat libre, l’essentiel c’est que les intervenants aient des arguments de qualité » estime Chebel qui avoue bien volontiers ses convictions en matière de foi: il considère que les partis religieux n’ont pas leur place sur l’échiquier politique.
« Ils ont échoué en Egypte. La religion doit rester dans la sphère privée » affirme l’essayiste qui s’étonne du succès rapide qu’a connu sa revue. « D’emblée, Noor a rencontré son public. Nous sommes largement diffusés en France, mais aussi en Afrique. Il y a des lecteurs pour les textes de qualité dès lors que la pensée est originale. Je vais même ouvrir nos colonnes à des agnostiques, cela fait partie du dialogue», explique le fondateur de Noor, qui met lui-même la main à la plume pour alimenter les colonnes de sa revue: l’écriture occupe une place sacrée dans son existence.
« Chaque matin, de 9 heures à 13 heures, je refuse toutes les propositions que l’on me fait. Je suis à mon bureau en train d’écrire » confie Malek Chebel qui vient de publier Cent questions sur l’Islam (Ed. de La Boétie), ouvrage où il livre des clés pour comprendre cette religion qui fait parfois peur aux Français.
« J’adore faire de la pédagogie. Il n’y a pas de sujets tabous. J’aborde même régulièrement le thème de la sexualité. Mais c’est vrai que ma liberté de ton me vaut d’être fréquemment mal vu de dignitaires du monde arabo-musulman. Bizarrement, mes livres sont traduits dans une quinzaine de langues, mais pas en arabe. Je suis rarement invité à faire des conférences dans le monde arabe et on ne m’a jamais proposé de séminaire à l’université en Algérie, le pays où j’ai pourtant effectué la première partie de mes études supérieures ».
« L'islam n'est plus une grande inconnue »
Malgré les critiques des islamistes qui lui reprochent sa conception libérale de la religion, il n’entend pas abandonner son bâton de pèlerin de « l’Islam moderne » et apprécie le fait de disposer d’une quadruple casquette (diplômé en anthropologie, psychanalyse, philosophie et sciences politiques).
« Cela me permet de mélanger les concepts et de ne pas m’enfermer dans les « jargons universitaires » souligne-t-il. Croyant aux vertus de la pédagogie, cet intellectuel médiatique qui donne des conférences dans le monde entier constate que l’islam commence à sortir de l’ombre : « Il y a quelques années, les gens assistant à mes conférences ne savaient presque rien sur cette religion. Leurs connaissances ont énormément progressé. L’islam a cessé d’être une grande inconnue »

mercredi 1 mai 2013

Arezki Metref



Arezki Metref
 est un écrivain, poète et journaliste algérien né à Sour El-Ghozlane le 21 mai 1952.

Biographie
Sa famille originaire de Aït Yenni (Agouni Ahmed), en Kabylie, Arezki Metref vit à Bouira puis Laghouat et à Alger à partir de 1956. Élève de l'Institut d'Etudes politiques d'Alger, Arezki Metref devient en 1972 journaliste, collabore notamment à "L'Unité", "Révolution Africaine", "El Moudjahid", "Algérie Actualité". En janvier 1993, il crée avec Tahar Djaout et Abdelkrim Djaad l'hebdomadaire “Ruptures”, dont il est rédacteur en chef.

Après l'assassinat de Djaout il part en 1993 en France et ne retourne en Algérie qu'en 2001. Il collabore au quotidien londonien The Guardian, aux revues Autrement, Maghreb-Machrek, Panoramique et à la rubrique monde de l’hebdomadaire Politis. Il donne également des conférences sur l’Algérie en France et à l’étranger. Après avoir publié de nombreux ouvrages, il commence à peindre en 2003 et expose en 2004.

Poèmes
Mourir à vingt ans, Éditions Caractères, Paris, 1974.
 Bonne année ou les joies perfides, Éditions du Stencil, Alger, 1977 (en collaboration avec Abdelmadjid Kaouah).
 Iconoclaste et riveraine, dessins de Tibouchi, Éditions de l'Orycte, Paris, 1986.
 Abat-jour, préface de Jean Pélégri, illustrations de Claude-Henri Bartoli, (ISBN 2910457125).
 Sindbad, émeutier” suivi de L'Évanescence de Tin Hinan, illustrations de Tala M'loult et Arezki Metref, Domens, Pézenas, 2004 (ISBN 2915285144).
 Promethée, l'amour, dessins de Hamid Tibouchi, Domens, Pézenas,2009,

Romans
Quartiers consignés, Algérie Littérature / Action, n° 2, Marsa éditions, Paris, juin 1996.
 Douar, une saison en exil, Domens, Pézenas, 2006 (ISBN 2915285306).
 Roman de Kabylie ou le livre des ancêtres, Éditions Sefraber, 2010

Théâtre
Priorité au basilic, préface d'Abdelkrim Djaad, illustrations de Dilem, Domens, Pézenas, 1997 (ISBN 2910457257) [diffusé sur France-Culture le 23 mars 1998, créé en juin 1999 à Paris au théâtre Les Déchargeurs et repris à Avignon la même année].
 La Nuit du doute, préface de Nourredine Saadi, illustration d'Ali Silem, Domens, Pézenas, 1997 (ISBN 2910457257)
 Postscriptum à La nuit du doute (ISBN 2915285071).
 L'Amphore, préface de Marie-Joëlle Rupp, Domens, Pézenas, 2002 (ISBN 2910457958) [créé à Confluence à Paris en novembre 2002] .
 L'Agonie du sablier, préface de Belkacem Tatem, illustrations de Denis Martinez, Domens, Pézenas, 2003 (ISBN 2910457951) [créé au théâtre de la Passementerie en 1999].
 L'Intuition du désert
 La Fenêtre du vent

Essais
Algérie, Chroniques d'un pays blessé, préface de Denis Sieffert, illustrations de Dilem, Domens, Pézenas, 1998 (ISBN 2910457427).
 Algérie, la vérité mais pas toute la vérité (chroniques 1997-2002), Domens, Pézenas, 2002 (ISBN 2910457907).
 Kabylie Story, Casbal Éditions, Alger, 2005.

Sur Arezki Metref
Jean Déjeux, Bibliographie méthodique et critique de la littérature algérienne de langue française 1945-1977, SNED, Alger, 1979.
 Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Éditions Karthala, 1984 (ISBN 2-86537-085-2).
 Marie-Joëlle Rupp, L'Homme qui marchait dans sa tête, portrait d'Arezki Metref, Paris, Algérie, Littérature, Action, Éditions Marsa, N° 93-94


AREZKI METREF 

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mardi 9 avril 2013

MALEK BENNABI

MALEK BENNABI



Malek Bennabi

est un penseur algérien, né en 1905 à Constantine, dans une famille originaire de Tébessa1, décédé le 31 octobre 1973 à Alger. Il a étudié les problèmes de civilisation en général et ceux du monde musulman en particulier. Il était fortement imprégné de la culture arabo-musulmane et occidentale. On lui doit un concept sur la « colonisabilité » concept concernant les sociétés en décadence. C'est-à-dire celles qui ont perdu leur dynamique sociale et sont ainsi en état de faiblesse structurelle qui agit comme un appel à la colonisation étrangère, terme qu'il utilisera dans son livre Les conditions de la renaissance.


Biographie

Malek Bennabi a fait sa première entrée à l'école coranique de Tébessa où vivaient ses parents. Ces études, il devait les payer alors que ses parents éprouvaient alors des difficultés à trouver l'argent nécessaire à la scolarisation de leur enfant. Ainsi et après quatre années passées au sein de ladite école, Malek a rejoint l'école française. Il y demeura jusqu'en 1918, année au cours de laquelle il termina les études préparatoires lui ouvrant l'accès au cycle secondaire. Ses brillants résultats lui font décrocher une bourse pour poursuivre ses études à Constantine où il résida chez son oncle qui lui dispensa quelques cours de musique. C'est ainsi qu'il a eu le privilège d'être formé par un homme auprès duquel il apprit beaucoup, le cheikh Abdelmadjid. Il étudia de ce fait la langue arabe à la Grande Mosquée.

De retour à Tébessa où il fréquentait un club mis sous la direction de cheikh Larbi Tébessi; Il a travaillé comme agent de bureau au Tribunal de la ville avant d'être muté à Aflou où il prit connaissance, pour la première fois, du journal Chihab dirigé par Abdelhamid Ben Badis qu'il connaîtra d'ailleurs pour la première fois en 1928 à Constantine. Ainsi, et sur la demande de celui‑ci, Malek est affecté àChelghoum Laïd d'où il démissionna quelque temps après de son poste après ses démêlés avec le secrétaire greffier du tribunal.
C'est ainsi qu'en 1929, son père lui proposa de se rendre en France pour poursuivre ses études, qu'il rejoint en septembre 1930 et opta pour l'Institut des Langues Orientales. Sa présence à Paris lui permit d'entrer en contact avec l'Association des Jeunes Chrétiens de Paris. Il n'a pu accéder à l'Institut des Langues Orientales car, l'accès pour un musulman algérien ne dépend pas de critères scientifiques, mais des normes politiques en place. C'est pourquoi il opta pour les études en électricité.
En 1931, Malek Bennabi épousera une Française qui embrassa l'Islam et prit alors le prénom de "Khedidja". En 1932, il anima une conférence organisée par l'Association des Jeunes Chrétiens de Paris après avoir été remarqué par une conférence donnée fin 1931 aux étudiants nord-africains de Paris.
En 1936, accompagné de quelques amis, il rencontra la délégation algérienne qui s'était rendue à Paris pour revendiquer, auprès des autorités françaises, les réformes proposées par le Congrès Musulman. La délégation comprenait notamment cheikh Abdelhamid Ben Badis et cheikh Bachir El‑Ibrahimi. En 1938‑39, Bennabi fonda, à Marseille, une école pour les analphabètes adultes parmi les travailleurs algériens en France. Devant le succès de son entreprise, les autorités françaises le convoquèrent et lui interdirent de continuer à enseigner dans cet établissement sous le prétexte qu'il n'avait pas de diplôme d'enseignant.
Dans Dreux occupée, il se met au service des Allemands. Il collabore avec l’occupant comme responsable technique municipal de la ville. Il est licencié quelques mois plus tard. Au chômage, il choisit d’aller travailler en Allemagne au début de l’été 1942. En 1944, le vent tourne en faveur des Alliés et Bennabi décide de rentrer en France.
A Dreux où il retrouve sa femme, il se met au service de l’administration capitularde de Vichy. Pas pour longtemps, car il doit faire cette fois avec l’armée américaine qui occupe la ville. Accusés de collaboration avec l’occupant allemand, Bennabi et son épouse sont arrêtés en août 1944 et internés au camp de Pithiviers. Ils seront libérés au printemps 1945. Le couple est arrêté pour la deuxième fois et incarcéré à la prison de Chartres en octobre 1945. L’accusation de collaboration avec l’ennemi nazi est de nouveau retenue contre Bennabi. Ce dernier est remis en liberté au printemps 1946. Le technicien eurélien aura passé en tout 15 mois dans les geôles de la France libre pour avoir collaboré 2. Dans ses Mémoires publiés en 2006 à Alger, Bennabi relate en détail cette partie de sa vie. Depuis le fin de ses études d'ingénieur en 1935, Bennabi est implicitement interdit de travail dans sa branche par l'Administration coloniale et vit de "petits" boulots et de l'aide de son père. En 1940 dans Dreux occupée par l'armée allemande, il est réquisitionné par les autorités d'occupation dans une ville qu'avait fuie ses édiles. Ces derniers sont revenus quelque jours après se mettre au service de l'occupant. Parmi eux le maire de Dreux, Maurice Violette, ancien Gouverneur Général d'Algérie qui connaissant Bennabi le salua en lui disant : "Monsieur Bennabi cette fois nous sommes du même côté de la barrière." Bennabi lui rétorqua que lui a été réquisitionné. Maurice Violette ainsi que les notables de la ville compromis dans la collaboration se vengèrent à la Libération pour faire taire un homme qui pouvait témoigner de leurs coupables agissements. Il fut effectivement arrêté deux fois et à chaque fois Bennabi bénéficia d'un non-lieu par la justice. La deuxième arrestation eut lieu dans l'attente du retour des travailleurs français d'Allemagne. Le débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942 allait isoler la France de l'Algérie et tarir l'aide que Bennabi recevait de son père. Acculé à la misère et sollicité par l'épouse d'un soldat français prisonnier en Allemagne et qu'il connaissait avant la guerre, pour aller travailler en Allemagne contre la libération de ce dernier. En effet les autorités allemandes avaient proposé de relâcher un prisonnier pour tout travailleur français qui irait en Allemagne. Bennabi fut élu par les travailleurs français comme chef de camp de la région où ils travaillaient. A leur retour aucun d'eux n'accepta de dire la moindre critique sur Bennabi. Ainsi les accusateurs en furent pour leurs frais et Bennabi fut définitivement libéré. Il est à noter que Bennabi revint d'Allemagne fin 1943 et n'eut de contact avec aucune autorité ou administration. Le neveu d'Abane Ramadane usant d'amalgame, de mauvaise fois intellectuelle et étant incapable de s'attaquer aux idées de Bennabi en est réduit à colporter des mensonges sur la vie de notre penseur.
En 1947, Malek Bennabi publia à Alger Le Phénomène coranique, qu'il voulait une preuve scientifique du caractère divin du Coran et une réfutation des thèses l'attribuant à une œuvre humaine. Il publia également un roman Lebeik (1948), et des études comme Les conditions de la renaissance (1949), Vocation de l'Islam (1954), et L'afro‑asiatisme, à l'occasion de la conférence de Bandoeng.
À signaler que, hormis le roman sus‑cité, Malek Bennabi avait publié ses œuvres sous le titre Problèmes de la civilisation car il considérait que les différents problèmes du monde musulman renvoient à ce contexte.
En 1956, il se rendit au Caire, coupant totalement avec la France qu'il ne reverra qu'en 1971. Le seul lien qui le liait à elle était la correspondance qu'il entretenait avec son épouse française qui avait refusé de l'accompagner au Caire.
Malek Bennabi perfectionne, durant son séjour au Caire, la langue arabe dans laquelle il commença à écrire et à donner des conférences. Il visita, à plusieurs reprises, la Syrie et le Liban pour y donner des conférences. Il était en outre, au Caire, un des conseillers à l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI) traitement qui lui permit de se consacrer au travail intellectuel et d'envoyer quelques subsides à son épouse en France
Après avoir contacté plusieurs amis et étudiants, il procéda à la traduction de ses œuvres vers l'arabe, langue qu'il adopta par la suite comme langue de travail.
En 1963 Malek Bennabi retourne en Algérie où il fut nommé Directeur de l'Enseignement Supérieur. Il démissionne en 1967 pour se consacrer au travail intellectuel, à la réforme et à l'organisation de rencontres intellectuelles qui devinrent plus tard Séminaires de la Pensée Islamique que l'Algérie organise chaque année. Il vécut le restant de ses jours en Algérie où il mourut le 31 octobre 1973. Il fut inhumé au cimetière Sidi M'hamed à Alger.

Sa pensée

Malek Bennabi a à son actif plus d'une vingtaine d'ouvrages traitant de civilisation, de culture, d'idéologie, de problèmes de société ainsi que d'autres sujets tel le phénomène coranique et les raisons de la stagnation de la société musulmane en particulier. Par ses écrits, Malek Bennabi voulait éveiller les consciences musulmanes et relancer une renaissance de la société musulmane. Il n'a de cesse de critiquer vivement l'administration coloniale française par ses écrits et ses conférences. Il n'a jamais accepté la colonisation de l'Algérie par la France et le statut d'indigène octroyé par l'administration de l'époque aux autochtones algériens.
Il est probable que peu de gens ont vraiment saisi la portée de sa vision et sa pensée,[non neutre] notamment dans la société musulmane à propos de laquelle il dit dans son ouvrage Vocation de l'Islam :
« La plus grave parmi les paralysies, celle qui détermine dans une certaine mesure les deux autres (sociale et intellectuelle), c'est la paralysie morale. Son origine est connue : "L'islam est une religion parfaite. Voilà une vérité dont personne ne discute. Malheureusement il en découle dans la conscience post-almohadienne une autre proposition : "Nous sommes musulmans donc nous sommes parfaits". Syllogisme funeste qui sape toute perfectibilité dans l'individu, en neutralisant en lui tout souci de perfectionnement. Jadis Omar ibn al-Khattab faisait régulièrement son examen de conscience et pleurait souvent sur ses "fautes". Mais il y a longtemps que le monde musulman a cessé de s'inquiéter de possibles cas de conscience. On ne voit plus qui que ce soit s'émouvoir d'une erreur, d'une faute. Parmi les classes dirigeantes règne la plus grande quiétude morale. On ne voit aucun dirigeant faire son mea culpa. C'est ainsi que l'idéal islamique; idéal de vie et de mouvement a sombré dans l'orgueil et particulièrement dans la suffisance du dévot qui croit réaliser la perfection en faisant ses cinq prières quotidiennes sans essayer de s'amender ou de s'améliorer : il est irrémédiablement parfait, Parfait comme la mort et comme le néant. Tout le mécanisme psychologique du progrès de l'individu et de la société se trouve faussé par cette morne de satisfaction de soi. Des êtres immobiles dans leur médiocrité et dans leur perfectible imperfection deviennent ainsi l'élite d'une société morale d'une société où la vérité n'a enfanté qu'un nihilisme. La différence est essentielle entre la vérité, simple concept théorique éclairant un raisonnement abstrait, et la vérité agissante qui inspire des actes concrets. La vérité peut même devenir néfaste, en tant que facteur sociologique, lorsqu'elle n'inspire plus l'action et la paralyse, lorsqu'elle ne coïncide plus avec les mobiles de la transformation, mais avec les alibis de la stagnation individuelle et sociale. Elle peut devenir l'origine d'un monde paralytique que Renan et Lamennais dénonçaient en disant que l'islam "pourrait devenir une religion de stagnation et de régression".»
Dans un autre ouvrage intitulé Les Grands Thèmes de la civilisation, de la culture, de l'idéologie, de la démocratie en islam, de l'orientalisme, Malek Bennabi parle des raisons de la stagnation de certaines sociétés qu'il qualifie de primitives :
« Quand une société primitive met des tabous autour de ses traditions, de ses convictions, de ses goûts, de ses usages, ce qui est risible là-dedans - à supposer qu'il y ait quelque chose de risible - ce n'est pas le tabou mais le vide culturel, l'inculture qu'elle défend, c'est-à-dire l'ensemble de causes qui maintiennent cette société en stagnation.»
Bennabi a traité tous les domaines, social, politique et économique, ayant trait au monde musulman. Il a ainsi écrit sur la femme, sur la démocratie et sur tous les problèmes de la civilisation et du développement. Il n'a pas omis d'étudier les Évangiles pour une étude comparative. Dans son livre intitulé La Pensée et la culture moderne en Afrique du Nord (Le Caire 1965), le Pr Anouar El‑Djoundi écrivait: "Malek Bennabi est très différent des prédicateurs, des penseurs et des écrivains. C'est un philosophe authentique avec un profil de sociologue qui, profitant de sa double culture arabe et française, a tenté de concilier entre la science et la pensée arabes inspirées du Coran et de la Sunna et du patrimoine arabo‑islamique d'une part et la science et la pensée occidentales inspirées du patrimoine grécoromain et chrétien, d'autre part».

Œuvres

  • Le Phénomène coranique (1947)
  • Lebbeik (1948)
  • Les Conditions de la renaissance (1949)
  • Vocation de l'islam (1954)
  • L'Afro-Asiatisme (1956)
  • Le Problème de la culture (1957)
  • SOS Algérie (1957)
    Brochure politique (en arabe et en français)
  • Discours sur la nouvelle édification (1958)
  • La Lutte idéologique en pays colonisé (1958)
  • Idée du Commonwealth islamique (1959)
  • Réflexions (1959)
  • Naissance d'une société (1960)
  • Dans le souffle de la bataille (1961)
  • Perspectives algériennes (1965)
  • Le Problème des idées dans la société musulmane(1970)
  • Le Musulman dans le monde de l'économie (1972)
  • Le Rôle du musulman dans le dernier tiers du xxe siècle (1972)

Éditions récentes

  • Colonisabilité, Dar El-Hadhara, 2003
    articles de presse réunis, choisis, annotés et préfacés par Abderrahman Benamara ; postface du Dr. Omar Benaissa
  • Mondialisme, Dar El-Hadhara, 2004
    articles de presse réunis, choisis, annotés et préfacés par Abderrahman Benamara ; postface du Dr. Omar Benaissa
  • Mémoires d'un témoin du siècle: l'Enfant,l'Etudiant, l'Ecrivain, les Carnets. Présentation et notes de Nour-Eddine Boukrouh, Ed. Samar, Alger, 2006, en français. (Hormis L'Enfant, sorti en français et en arabe, et L'Etudiant, sorti en arabe seulement,les deux autres parties constituent des inédits)
  • Pourriture, Ed. Dar el Ouma, Alger, 2007
  • Le livre et le milieu humain, Ed Samar, Alger 20O7, en français. (Inédit).
  • Naissance d'une société: le réseau des relations sociales'', Ed. Samar, Alger 2010, en français. (Première édition selon le texte original)
  • La lutte idéologique dans les pays colonisés, Ed. Samar, Alger 2010, en français. (Première édition selon le texte original).

Bibliographie

  • Nour-Eddine Boukrouh, « Le système bennabien » in Parcours maghrébins, Alger, février 1987.
  • N. Boukrouh, « La pensée économique de Malek Bennabi » in El-Watan, Alger, 18 et 19 octobre 1992.
  • N. Boukrouh, Comment j'ai connu Malek Bennabi: histoire d'une période in El-Watan, Alger, 11 et 12 novembre 1992.
  • Siegrid Faath, Malek Bennabi, écrivain politique, critique social, visionnaire d'une civilisation islamique dans l'Algérie coloniale et indépendante, Hambourg, 1992.
  • Allan Christellow, Un humaniste musulman du XXè siècle, Malek Bennabi in Maghreb review,1992.
  • Aïssa Kadri, Parcours d'intellectuels maghrébins, Université de Paris VIII-Vincennes, Institut Maghreb-Europe, Karthala, 1999
  • Collectif Centre Tricontinental, Théologies de la libération, L'Harmattan, 2000, p. 191-195
  • Omar Benaissa, Bennabi dans l'histoire de la pensée musulmane, in "Colonisabilité", Alger, 2003.
  • Allan Christellow, Malek Bennabi et les frontières culturelles de l'ère globale, Colloque international sur la pensée de Malek Bennabi, Alger, 2003.
  • Omar Benaissa, « Bennabi et l'avenir de la société musulmane », in "Mondialisme", Alger, 2004.
  • N. Boukrouh, Pensée et Politique chez Malek Bennabi, Colloque international d'Alger, 2003.
  • Allan Christellow, Malek Bennabi et deux visions mondiales anglophones en 1954: les cas de Arnold toynbee et Wendel Wilkie, 2005.
  • N.Boukrouh, préface au Problème des idées dans la société musulmane, Ed.Al-Bouraq, Paris 2006.
  • N.Boukrouh, préface à Vocation de l'islam, Ed. al-Bouraq, Paris 2006.
  • Omar Benaissa, « Que faire maintenant? », in Les Conditions de la renaissance, Ed. El Borhane, Alger, 2009.

Notes



  1. ↑ Auteurs algériens de langue française de la période coloniale [archive], Abdellali Merdaci, Editions L'Harmattan, 2010 - 318 pages, p78-79.
  2. ↑ http://www.elwatan.com/culture/histoire-pourquoi-malek-bennabi-en-voulait-a-abane-ramdane-24-02-2012-160252_113.php [archive] ethttp://www.elwatan.com/culture/belaid-abane-auteur-bennabi-etait-un-intellectuel-sans-attaches-avec-le-mouvement-national-24-02-2012-160253_113.php [archive]

Voir aussi

  • Rachid Benaïssa
  • Sadek Sellam
  • Mohamed Hamouda Bensai

Liens externes

  • La théologie de la libération de Malek Bennabi - Mohamed Tahar Bensaada
  • Le FLN vu par Malek Bennabi - Sadek Sellam
  • Le cheikh Abd el-Hamid Ben Badis vu par Malek Bennabi - Youssef Girard
  • L’étude des Frères Musulmans par Malek Bennabi - Youssef Girard
  • Contextualiser « Le Phénomène Coranique » - Mohamed El-Tahir El-Mesawi
  • Lettre adressée au président Bouteflika par plusieurs figures internationales pour la préservation du patrimoine de Malek Bennabi, quasiment abandonné

lundi 18 mars 2013

MALEK HADDAD

 MALEK HADDAD

Malek Haddad

Malek Haddad est un écrivain et poète algérien d’expression française né le 5 juillet 1927 à Constantine et mort à Alger le 2 juin1978.
Biographie
Fils de Slimane Haddad, instituteur à Constantine, c'est dans cette ville que Malek Haddad fait ses études. Il vit la langue française à l’école comme un exil plus fort encore que l’exil : « L’école coloniale colonise l’âme... Chez nous, c’est vrai, chaque fois qu’on a fait un bachelier, on a fait un Français ». « Il y a toujours eu une école entre mon passé et moi ». « Je suis moins séparé de ma patrie par la Méditerranée que par la langue française ».
Lui-même instituteur pendant une courte période, il s’inscrit à la faculté de droit d'Aix-en-Provence mais abandonne ses études après 1954 pour aller travailler comme ouvrier agricole avec Kateb Yacine en Camargue.
Pendant la Guerre de Libération, Malek Haddad collabore à plusieurs revues parmi lesquelles Entretiens, Progrès, Confluents, LesLettres françaises. Il travaille à la radiodiffusion française et écrit des romans entre 1958 et 1961.
Après 1962 il s'installe à Constantine, collabore à l’hebdomadaire Atlas et à la revue Novembre et dirige de 1965 à 1968 la page culturelle d’An Nasr qui paraît alors en langue française. Chargé de la direction de la Culture au ministère de l’Information de 1968 à1972, il fonde la revue littéraire Promesses. Il est nommé en 1974 secrétaire de l'Union des écrivains algériens.
Malek Haddad décède des suites d'un cancer le 2 juin 1978 à Alger. Le Palais de la Culture de Constantine porte aujourd'hui son nom. Quoique traduite dans quatorze langues, l'œuvre Malek Haddad demeure relativement peu connue.

Bibliographie


  • Le Malheur en danger (poèmes), La Nef de Paris, 1956; Bouchène, 1988 (avec une illustration de Issiakhem).
  • La Dernière impression (roman), Éditions Julliard, 1958
  • Je t’offrirai une gazelle (roman), Julliard, 1959; réédition 10/18 no 1249, 1978 (ISBN 2264009047)
  • L’Élève et la leçon (roman), Julliard, 1960; réédition 10/18
  • Le Quai aux Fleurs ne répond plus (roman), Julliard 1961; réédition 10/18 no 769, 1973 (ISBN 2264009055)
  • Les Zéros tournent en rond (essai), Maspero, 1961
  • Écoute et je t’appelle (poèmes), Maspero 1961
  • Algériennes, (album de photographies), Alger, Ministère de l’Information, 1967.

  • Si Constantine m'était contée ... série d'articles parus dans le journal An Nasr entre le 4 et le 14 janvier 1966.
      
       Malek Haddad laissera également des inédits et des manuscrits inachevés :


  • Les Premiers froids (poèmes)
  • La Fin des Majuscules (essai)
  • Un Wagon sur une île (roman inachevé)
  • Les Propos de la quarantaine (chronique)

     Sur Malek Haddad

  • Tahar Bekri, Malek Haddad. L'oeuvre romanesque, essai, L'Harmattan, Paris, 1986. ISBN : 2858026785
  • Tahar Bekri, « Malek Haddad, pour une poétique de la littérature maghrébine de langue française », thèse de doctorat soutenue à La Sorbonne Nouvelle, Paris, 1981.
  • Jean Déjeux, Bibliographie méthodique et critique de la littérature algérienne de langue française 1945-1977, SNED, Alger, 1979.
  • Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Éditions Karthala, 1984 (ISBN 2-86537-085-2).
  • Anthologie de la littérature algérienne (1950-1987), introduction, choix, notices et commentaires de Charles Bonn, Le Livre de Poche, Paris, 1990 (ISBN 2-253-05309-0)

   Extrait

"Je suis le point final d'un roman qui commence
Non pas oublions tout non pas niveau zéro
Je garde dans mes yeux intacte ma romance
Et puis sans rien nier je repars à nouveau
Je suis le point final d'un roman qui commence
(...)
De mes deux Sahara je ferai des chansons
Je garde dans mes yeux intacte ma romance
Je suis en vérité l'élève et la leçon
(...)
Oh mon Dieu cette nuit tant de nuit dans mes yeux
Maman se dit Ya Ma et moi je dis ma mère
J'ai perdu mon burnous mon fusil mon stylo"

   

   Malek Haddad, Le Malheur en danger (poèmes), La Nef de Paris, 1956 (p. 25).









samedi 19 janvier 2013

ABDELMADJID ADOUR

ABDELMADJID ADOUR


ABDELMADJID ADOUR
Né le 14/04/1952 à Bejaia Algérie
Romancier


Éditions Publibook 14 rue des volontaires 75015 PARIS
          - La chroniqueuse d’Escroland-juillet 2007     190 pages
          - le Milan Kabyle infortuné-novembre 2006   214 pages
          - Semences Versatiles-mars 2007                      186 pages

Éditions Edilivre-Aparis 175 Bd Anatole France 93200 St Denis
          - Greffes Insensées-novembre 2009                 180 pages

Éditions Terriciaë 13 rue d’Aubagne 13890 Mouries
          - Olives amères-février 2010                                      

  Éditions SM ALMA Quebec
-Avant que nos mémoires-     mai 2011                           223 pages
(En collaboration avec Céline Larouche)
-La Musulmane de Suède- juillet 2011                           134 pages
-Le Ressuscité-            février 2012                                 152 pages


vendredi 18 janvier 2013

ABDELAZIZ AGAR






MALEK ALLOULA

MALEK ALLOULA

MALEK ALLOULA
Malek Alloula, né le 13 novembre 1937 à Oran, est un écrivain algérien de langue française qui poursuit des activités éditoriales à Paris depuis 1967.

Biographie

Élève de l’École normale supérieure, il a fait ses études de Lettres modernes à la faculté d’Alger, ensuite en Sorbonne à Paris, avec un sujet de thèse sur Denis Diderot et le XVIIIesiècle. Écrivain, critique littéraire, poète, Malek Alloula préside l’association qui contribue à faire connaître l’œuvre de son frère assassiné en 1994, le dramaturge Abdelkader Alloula.

Bibliographie

Villes (poèmes), couverture de Khadda, Souffles, Rabat, 1969.
Villes et autres lieux (poèmes), Christian Bourgois éditeur, Paris, 1979 (ISBN 2267001675).
Le Harem colonial, images d'un sous-érotisme (essai illustré de photographies), Slatkine éditeur, Genève/Paris, 1981 et Séguier, Paris, 2001 (ISBN 284049244X).
Rêveurs/Sépultures suivi de L'Exercice des sens (poèmes), Sindbad éditeur, Paris, 1982 (ISBN 2727400721).
Mesures du vent (poèmes), Sindbad éditeur, Paris, 1984 (ISBN 2727400926).
Alger photographiée au XIXe siècle (Malek Alloula, Khemir Mounira et Elias Sanbat), Marval éditeur, Paris, 2001 (ISBN 286233293).
belles Algériennes de Geiser, costumes, parures et bijoux (L'Autre Regard par Malek Alloula, commentaires de Leyla Belkaid) Marval, Paris, 2001.
Les Festins de l'exil (essai), Éditions Françoise Truffaut, Paris, 2003 (ISBN 2951661428).
L'Accès au corps (poèmes), Éditions Horlieu, Lyon, 2003 (ISBN 2848400633) et 2005 (ISBN 2915048053).
Alger 1951, Un pays dans l'attente, photographies d'Etienne Sved, textes de Malek Alloula, Maïssa Bey, Benjamin Stora, Manosque, Le Bec en l'air et Alger, Barzakh, 2005 (ISBN 2916073000).
Paysages d’un retour (photoroman), photographies de Pierre Clauss, Actes Sud, Arles, 2010

Sur Malek Alloula

Jean Déjeux, Bibliographie méthodique et critique de la littérature algérienne de langue française 1945-1977, SNED, Alger, 1979.

Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Éditions Karthala, 1984 (ISBN 2-86537-085-2).

Liens externes

[1] Photographie et poème de Malek Alloula sur le site de la Maison de la poésie de Namur

[2] Poèmes de Malek Alloula dans la revue "Souffles", 1966

souffles
numéro 3, troisième trimestre 1966

malek alloula : poèmes
pp. 37-40

Oran le 28.7.66

Il est fini le temps du poète maghrébin exilé au sein d'une langue française. Exil de mauvaise foi. Exil reposant sur une idée des plus fausses sur la véritable poésie. Il est fini le temps d'apitoyer en attirant les yeux de la métropole sur "cet orphelin de lecteurs" : jouisseur aux remords plus ou moins grassement payés. Pour ma part je pense que nous devons franchir ce marécage où nous risquons de dépenser vainement nos forces.

Les jérémiades sont infamantes, nos oreilles en bourdonnent encore: ce bruitage il est de notre urgent devoir de le faire cesser si nous ne voulons pas en être assourdis. Toutes hypothèques levées je crois fermement qu'il pourra exister une poésie maghrébine digne de ce nom et "Souffles" en est déjà le signe annonciateur vibrant de hardiesse. D'autre part je crois à une poésie essentiellement révolutionnaire donc à une poésie qui change la vie. Ici plusieurs voies (ou voix) sont possibles: celle de "Souffles" m'est très proche elle parle si près de nos hantises et de nos obsessions les plus enfouies. C'est là son authenticité déchirante et en même temps éclairante. Beaucoup de poèmes de la revue me bouleversèrent par leur âpreté sans concession et une certaine promesse de tendresse contenus en filigrane. Il n'est de force que tremblante. Toute autre force est despotisme aveugle.
A propos des poèmes de la revue je retrouve un aphorisme de René Char qui peut exprimer dans quel climat spirituel j'ai reçu (au sens viscéral du terme) les textes. Cet aphorisme est le suivant: "Un mètre d'entrailles pour mesurer nos chances".
Les problèmes généraux concernant la poésie doivent être certainement les mêmes dans tout le Maghreb mais à côté d'eux existent quelques problèmes particuliers, propres à la situation de chaque pays. C'est ainsi que nous sommes en Algérie encore sous le coup de notre Révolution qui a donné naissance à une poésie essentiellement militante et tournée vers le témoignage immédiat. Après la Révolution beaucoup de poètes se sont tus ou bien ont vu leur production diminuer du fait qu'ils n'ont pu procéder à une reconversion. Cette reconversion était d'autant plus dure que la poésie militante à laquelle ils se sont livrés fut uniquement polarisée par l’évènement  Chez de nombreux poètes il n'y eut aucune ouverture vers l'humain en général (je crois à une poésie aux frontières de l'homme). D'autre part chez ces mêmes poètes aucune réflexion sur la poésie ne sous-tendait leur écriture. Une grande facilité les caractérisait.
Facilité qu'ils présentaient en toute mauvaise foi comme étant l'antidote d'un intellectualisme qui n'existait que dans leur imagination. De nos jours encore cette poésie facile en ce sens qu'elle est soit alignement de mots, soit recherche d'une musique soit énonciation d'une vérité trop générale existe encore et dans un certain sens risque d'être dangereuse.

Le problème de l'analphabétisme est chez nous aussi tragique qu'ailleurs et cette situation est idéale pour favoriser les démagogues de la poésie.
Les problèmes d'impression sont parfois insolubles surtout lorsqu'il s'agit d'une poésie sortant des chemins battus.
Néanmoins nous restons quelques-uns à croire à la défaite, à plus ou moins longue échéance, de ce chant falsifié qui prévaut cyniquement de nos jours.

Pour ce qui est de la voie que j'ai choisie je dirai qu'il s'agit avant tout pour moi d'une interrogation reprise de poème en poème et qui débouche sur une autre interrogation. Cette interrogation est la suivante: pourquoi écrire dans cette nuit qui nous environne au milieu de la précarité la plus grande ?
Interrogation pour moi vitale et qui à long terme ne doit rien solutionner.

C'est certes là une voix différente de celle qui s'exprime dans "Souffles" mais qui comme celle-ci porte témoignage d'une authenticité vécue.
m. a.

lineaments du jour

poème I

Jusqu'à son terme le plus haut
la nuit sybilline, menée le long du sentier
par poussées successives, s'aiguise sur la meule granulaire
qui fuse sous nos pas.
Le bivouac maintenant est au faîte
ouvert aux souffles les plus contraires
Lieu du guet il convenait de s'y tenir.
Eveillés !
Le jour non hypothéqué
quand résonnera l'enclume du soleil
sera notre force et notre péril noués en clair dessin.
Le seuil n'était plus lieu bas
mais pic exacerbé nous résumant dans sa flèche.
L'accès qui en avait été gagné
ne donnait d'autre droit
que d'attendre la déchirure,
de l'imminente parole.

Poème II

Nous voici à présent
sur le chemin fourchu
sans autre guide
que le roseau docile
sous les caprices du vent
et sans autre souvenir
que celui de notre soif
présente dès la lisière.
Nos seuls compagnons
avaient choisi le silence
de l'obstination émue et nous-mêmes
n'espérions plus gagner la halte
tant la marche était nouvelle.

Poème III

Le poème
porté à l'incandescence
par le souffle mental
se vrille dans la chair et l'esprit
se faisant chair et esprit.
En nouant les grandes forces partagées
il lance à travers la crémation
vers la recherche cassée
d'une illuminante histoire.
Le chemin toujours le même
ne cesse d'être nouveau
et si la retombée
du poème écartelé
s'accompagne de cendres
il n'est jamais question de nostalgie
au plus fort de l'épuisement.
Ces poèmes sont extraits d'un recueil de Malek Alloula,
intitulé "Vertu de l'aride".